Abdoulaye Sène appelle à la création d’une institution chargée de l’eau au sein des Nations unies

Dans une interview accordée à l’Agence de presse sénégalaise (APS), le président du Partenariat régional sur l’eau en Afrique de l’Ouest et membre du comité de pilotage international du Partenariat mondial de l’eau, Abdoulaye Sène, appelle à la création d’une institution spécialisée exclusivement chargée de l’eau au sein des Nations unies.

L’ingénieur hydraulicien sénégalais estime que l’eau demeure le « parent pauvre » du système onusien. « L’eau n’a pas de maison dans le système des Nations unies, comme en ont l’agriculture, la santé et le travail », souligne-t-il.

En 2024, le secrétaire général des Nations unies a nommé une envoyée spéciale chargée de l’eau, la diplomate indonésienne Retno Marsudi, ancienne ministre des Affaires étrangères. Une avancée saluée par M. Sène, mais jugée insuffisante.

Une agence dédiée, à l’image de l’OMS ou de la FAO

Pour l’expert, il est temps d’aller plus loin et de créer une institution spécialisée, comparable à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la santé ou à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour l’agriculture.

Les Nations unies disposent déjà de ONU-Eau, un mécanisme de coordination sur l’eau et l’assainissement. Mais, selon Abdoulaye Sène, les enjeux géopolitiques, économiques et diplomatiques liées à cette ressource dépassent largement son cadre actuel.

« A-t-on le droit d’assoiffer des populations ? Peut-on détruire des systèmes d’alimentation en eau ou des usines de dessalement ? » interroge-t-il, soulignant que l’eau est à la fois un droit humain fondamental et un instrument potentiel de coopération ou de conflit.

Pour lui, une institution spécialisée permettrait de mettre en place des mécanismes réglementaires solides afin de protéger cette ressource stratégique et d’en faire un levier de solidarité internationale.

À l’approche de la prochaine conférence des Nations unies sur l’eau, prévue en décembre, Abdoulaye Sène estime que des pays comme le Sénégal pourraient porter ce plaidoyer sur la scène internationale.

« L’eau est devenue une donnée centrale de la géopolitique mondiale. Les pays partageant des ressources hydriques devront dialoguer, construire des projets communs et renforcer leur solidarité », conclut-il.

Dans un contexte mondial marqué par le stress hydrique et les tensions autour des bassins transfrontaliers, l’appel à créer une institution chargée exclusivement de l’eau au sein des Nations unies pourrait s’imposer comme l’un des prochains grands débats diplomatiques.

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