La coopération entre l’Égypte et l’Ouganda franchit une nouvelle étape stratégique, portée par les enjeux de diplomatie de l’eau au sein du bassin du Nil. Au cœur de leurs échanges : la gestion concertée des ressources hydriques, dans un contexte régional marqué par des tensions croissantes autour de l’accès et du partage de l’eau.
Le 1er avril 2026, Le Caire a accueilli le troisième cycle de consultations ministérielles entre les deux pays. Cette rencontre a permis de réaffirmer la centralité de l’eau comme levier de coopération, mais aussi comme instrument diplomatique structurant dans les relations entre États riverains du Nil.

Dans cette dynamique, l’Égypte a renouvelé son engagement en faveur du Mécanisme de financement des projets du bassin du Nil, en proposant de soutenir des infrastructures hydrauliques en Ouganda. Cette initiative s’inscrit dans une logique de diplomatie hydraulique fondée sur trois principes clés : le bénéfice mutuel, le droit au développement des pays du bassin et l’obligation de ne pas causer de préjudice significatif.
Au-delà de l’appui financier, Le Caire met en avant une approche inclusive de la gouvernance de l’eau, intégrant la construction d’ouvrages hydrauliques, notamment des barrages, dans une vision partagée du développement. Cette posture vise à renforcer sa position dans les équilibres hydropolitiques du Nil, tout en consolidant ses alliances stratégiques en Afrique de l’Est.
La diplomatie de l’eau entre les deux pays s’inscrit également dans un cadre plus large de coopération régionale. Les discussions ont ainsi intégré les dynamiques géopolitiques de la Corne de l’Afrique, des Grands Lacs, ainsi que les enjeux de stabilité au Soudan et en mer Rouge, soulignant l’interconnexion entre sécurité hydrique et sécurité régionale.
Parallèlement, cette coopération hydraulique sert de socle à un approfondissement des relations bilatérales dans d’autres secteurs. Des projets dans la santé, avec la création envisagée d’un centre médical égyptien à Jinja, ainsi que dans l’éducation et la culture via des partenariats universitaires, viennent compléter cette approche multidimensionnelle.
Dans un contexte marqué par les pressions sur les ressources naturelles, la hausse des prix de l’énergie et les défis de sécurité alimentaire, l’eau apparaît plus que jamais comme un vecteur central de dialogue et de stabilité. La relation entre l’Égypte et l’Ouganda illustre ainsi comment la diplomatie de l’eau peut contribuer à transformer des enjeux potentiellement conflictuels en opportunités de coopération durable.
Historiquement ancrée, cette coopération s’appuie sur plus de trois décennies de relations autour du Nil, combinant intérêts hydriques, économiques et sécuritaires. Elle témoigne d’une volonté commune de faire de la gestion de l’eau un pilier de partenariat stratégique, dans une région où chaque initiative hydraulique revêt une dimension profondément géopolitique.



