À l’occasion du 23e Congrès international et Exposition de l’Association africaine de l’Eau et de l’Assainissement (AAEA), tenu à Yaoundé le 9 février 2026, le ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement et président du Conseil des ministres africains chargés de l’Eau (AMCOW), Dr Cheikh Tidiane Dieye, a plaidé pour des actions fortes afin d’accélérer l’accès à l’eau et à l’assainissement en Afrique.
Face aux défis persistants liés au changement climatique, à l’urbanisation rapide, à la croissance démographique et aux inégalités sociales, le responsable sénégalais a insisté sur la nécessité pour le continent de parler « d’une voix forte et décomplexée » sur les enjeux hydriques mondiaux. Selon lui, cette tribune africaine constitue un espace stratégique où experts, décideurs et partenaires peuvent co-construire des solutions durables adaptées aux réalités locales.
Un objectif mondial encore hors de portée
À quatre ans de l’échéance 2030, le ministre a reconnu que l’Objectif de développement durable n°6, consacré à l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, reste difficile à atteindre. Les obstacles techniques, financiers et institutionnels continuent de ralentir les progrès, alors même que les populations africaines attendent des services essentiels pour améliorer leur qualité de vie.
Dans ce contexte, il a appelé à une mobilisation collective de toute la « communauté de l’eau » gouvernements, secteur privé, collectivités territoriales et partenaires techniques afin de transformer les ambitions politiques en actions concrètes.
Vision 2063 : l’Afrique veut parler d’une seule voix
Au cœur de son intervention, Dr Cheikh Tidiane Dieye a mis en avant la Vision africaine de l’Eau 2063 adoptée par l’AMCOW, alignée sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Cette feuille de route repose notamment sur la gestion intégrée des ressources en eau, l’innovation numérique, la mobilisation de financements et l’utilisation de l’eau comme levier de développement économique et social.
Pour le président de l’AMCOW, cette initiative marque une nouvelle étape : celle d’une Afrique unie autour d’une stratégie commune pour garantir un accès équitable à l’eau et renforcer la résilience face aux crises climatiques.
Hydro-diplomatie et leadership sénégalais
Le Sénégal, a-t-il rappelé, s’inscrit dans une dynamique de leadership continental à travers la coopération sous-régionale, notamment au sein de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) et de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie (OMVG). Cette approche d’hydro-diplomatie s’étend également à l’échelle internationale, avec la préparation de la prochaine Conférence des Nations Unies sur l’Eau co-organisée avec les Émirats arabes unis.
Le ministre a insisté sur la reconnaissance de l’eau comme « bien public mondial », appelant à renforcer la coopération internationale pour accélérer la mise en œuvre des engagements pris.
Construire des solutions concrètes face à l’urgence
Rappelant que 2,2 milliards de personnes dans le monde sont privées d’eau potable et que des centaines de millions d’enfants n’ont pas accès à l’eau à l’école, il a exhorté les acteurs du secteur à transformer les initiatives en actions tangibles.
Pour lui, la collaboration entre décideurs techniques et politiques constitue la clé pour relever les défis de durabilité, d’équité sociale et de résilience climatique. L’enjeu dépasse largement le seul secteur de l’eau pour toucher la stabilité économique, sociale et environnementale du continent.


