Maroc : « Contre le stress hydrique, le dessalement oui, mais pas que …» , Houria Tazi présidente de la Coalition Marocaine pour l’Eau COALMA

Pour Houria Tazi, juriste et experte en politiques environnementales, face à une pression hydrique croissante, le Maroc déploie une stratégie plurielle mêlant dessalement, réutilisation des eaux usées, transferts interbassins et réforme de la gouvernance territoriale. Toutefois, défend-elle, cette approche ne peut être efficace que si elle s’accompagne d’une anticipation systémique et d’un renforcement des capacités locales.

« Heureusement qu’il y a le dessalement, parce que nous avons quand même 3 .500 kilomètres de côte, dont 500 en Méditerranée et 3.000 sur la façade atlantique », dit d’emblée Houria Tazi. Pour celle qui cumule les titres dans le domaine de l’eau (experte en droit de l’eau, présidente de la Coalition marocaine pour l’eau, ainsi que gouverneure au Conseil mondial de l’eau), force est de reconnaître que dans certaines zones, cette technologie constitue la seule alternative viable.

Elle rappelle que « le Maroc, grâce à la vision de Sa Majesté, a mis en place une politique très importante en matière d’énergie renouvelable, ce qui permet de l’utiliser pour le dessalement ». À Casablanca, par exemple, l’approvisionnement en eau dessalée repose entièrement sur des sources renouvelables, permettant ainsi de « maintenir un prix compétitif » et de sortir des anciens schémas dépendants du pétrole importé.

Mais l’experte insiste : le dessalement ne saurait être une panacée. « Le Maroc diversifie les solutions », affirme-t-elle, citant la politique des barrages, la réutilisation des eaux usées, les transferts interbassins et surtout, l’économie de l’eau. Elle met également en avant un levier souvent négligé : la maintenance des réseaux. «On peut économiser pas mal d’eau rien qu’en faisant de la maintenance, notamment dans les grandes villes.»

Au Maroc, les initiatives contre le stress hydrique s’inscrivent dans une réforme plus large de la gouvernance territoriale. « Les politiques urbaines intègrent désormais la création de sociétés régionales multiservices, qui deviennent le seul point de contact par région et coordonnent les actions », précise Tazi, ajoutant que cette évolution permettra « des politiques régionales harmonisées et une coordination entre les différents secteurs et acteurs ».

Houria Tazi : « Rester en veille face au stress hydrique »

Au-delà des infrastructures, notre interlocutrice appelle à une vigilance accrue sur les données et les contrôles. « Il faut renforcer les actions en amont, en termes d’observation de l’existant, mais aussi en aval, avec des contrôles plus rigoureux », insiste-t-elle, évoquant les atteintes à la nappe phréatique et les forages incontrôlés. Et de plaider pour une gouvernance de l’eau fondée sur la transparence et la responsabilisation.

Interrogée sur les recommandations prioritaires pour sortir du stress hydrique aggravé, Tazi est catégorique : « Il faut renforcer les contrôles, mais aussi les capacités dans tous les secteurs, pour que chacun comprenne qu’il est concerné. » Elle appelle également à un travail éducatif et à des directives claires au niveau local, afin de lutter contre l’exploitation frauduleuse de la ressource.

Quant à l’éventualité d’une période où le Maroc pourrait sortir de ce désavantage structurel, la présidente de la COALMA reste prudente : « Nous n’avons pas encore atteint la phase d’aboutissement de toutes les solutions engagées, mais j’espère qu’avec ce qui est mis en place, nous pourrons maintenir la situation », dit-elle, rappelant que « le Maroc reste un pays aride et semi-aride qui doit toujours être en veille et en observation ».

Enfin, sur la question de la réutilisation de l’eau dans le secteur agricole, Houria Tazi appelle à une réflexion différenciée : « Quel type d’agriculture, dans quel contexte, dans quelle géographie ? Ce sont de vraies questions », conclut-elle, plaidant pour le renforcement des agro-cultures adaptées aux réalités locales.

Source : h24info.ma

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