Sans données fiables, partagées et harmonisées, il ne peut y avoir ni hydrodiplomatie efficace, ni coopération transfrontalière durable. C’est autour de ce constat central que Dibi Milogo, Directeur exécutif de l’Autorité du Bassin de la Volta (ABV), est intervenu lors d’un panel de haut niveau consacré au thème : « Renforcer la sécurité hydrique, la paix et le développement en Afrique de l’Ouest grâce à la coopération transfrontalière ».
Organisé par le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), en marge de la réunion préparatoire de haut niveau de la Conférence des Nations Unies sur l’eau, ce panel a offert un cadre stratégique d’échanges sur les liens entre gestion transfrontalière des ressources en eau, prévention des conflits et intégration régionale. Les discussions ont été modérées par Tanya Merceron, conseillère climat et sécurité à l’UNOWAS.

Dans son intervention, Dibi Milogo a mis en lumière les défis majeurs de l’hydrodiplomatie en Afrique de l’Ouest, en soulignant en premier lieu la sectorialisation persistante de la gestion de l’eau. Malgré la promotion de la gestion intégrée des ressources en eau, les pratiques restent encore largement cloisonnées, limitant la cohérence des politiques et des actions à l’échelle des bassins transfrontaliers.
Il a insisté sur le rôle central des données hydrologiques dans toute démarche de coopération. Selon lui, il est impossible de bâtir une hydrodiplomatie crédible sans une maîtrise partagée de l’information. Or, les données restent aujourd’hui dispersées, non standardisées et difficilement accessibles, constituant un frein structurel à la planification, à la prévention des tensions et à la prise de décision conjointe.
Au-delà des enjeux techniques, Dibi Milogo a rappelé que l’eau est aussi une question de sécurité. Les pénuries, la pollution ou la dégradation des ressources peuvent rapidement devenir des facteurs de tensions sociales et politiques si elles ne sont pas anticipées et gérées collectivement.
La question du financement demeure également un défi majeur. Les financements existants soutiennent principalement des projets ponctuels, sans toujours permettre d’assurer la pérennité des systèmes de gestion de l’eau. Face à ce constat, il a plaidé pour le développement de mécanismes de financement innovants, fondés sur les ressources endogènes, les financements climatiques, les fonds verts et les mécanismes de paiement pour services écosystémiques.
Une attention particulière a été portée au partage des bénéfices, présenté comme une alternative plus efficace et moins conflictuelle que le simple partage des volumes d’eau. En valorisant les complémentarités entre pays production hydroélectrique, irrigation, usages économiques, cette approche permet de renforcer la confiance et la coopération régionale.
Enfin, Dibi Milogo a souligné que la réussite de l’hydrodiplomatie repose avant tout sur une volonté politique forte, soutenue par une expertise technique capable de traduire des enjeux complexes en messages clairs pour les décideurs. Car, en définitive, ce sont les responsables politiques qui portent la responsabilité des choix stratégiques en matière de gestion transfrontalière de l’eau.
Ndeye Magatte Kebe , fondatrice Hydrodiplomacy



