En marge du 39e Sommet des chefs d’État, l’Union africaine a lancé l’Africa Water Vision 2063, un cadre stratégique ambitieux destiné à garantir un accès durable à l’eau potable et à l’assainissement sur le continent. Mais derrière l’annonce institutionnelle se cache un enjeu bien plus vaste : celui de la souveraineté, de la stabilité et du pouvoir.
L’eau, angle mort du développement africain
Le constat est brutal : près de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’eau potable, et 700 millions sont privés d’un assainissement sûr. À l’heure où l’Afrique ambitionne une transformation économique portée par l’Agenda 2063, cette fracture hydrique fragilise tout : santé publique, sécurité alimentaire, urbanisation, industrialisation et cohésion sociale.L’eau n’est plus seulement une question sociale ou environnementale. Elle est devenue un déterminant stratégique du développement et de la paix.
Ressources transfrontalières : la diplomatie de l’eau au cœur du projet
L’Africa Water Vision 2063 place au centre de son architecture la gestion durable et intégrée des ressources en eau, notamment celles partagées entre plusieurs États. Sur un continent où plus de 60 bassins fluviaux sont transfrontaliers, la gouvernance de l’eau est indissociable des rapports de force régionaux.
Du bassin du Nil aux systèmes fluviaux d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe, l’eau structure les alliances autant qu’elle peut cristalliser les tensions. En intégrant explicitement les principes de coopération, de gestion concertée et d’utilisation équitable des ressources hydriques partagées, l’Union africaine reconnaît que la stabilité future du continent passera par une hydro-diplomatie assumée et institutionnalisée.

Le défi financier : 54 milliards de raisons d’agir
L’ambition est claire. Les moyens, eux, restent le principal obstacle. Le déficit d’investissement est estimé entre 45 et 54 milliards de dollars.
Ce chiffre révèle une réalité : sans mobilisation massive de financements publics, privés et innovants, la Vision restera déclarative. L’enjeu dépasse la construction d’infrastructures. Il s’agit de renforcer la résilience climatique, de soutenir l’agriculture, de prévenir les crises sanitaires et de créer des emplois dans les secteurs liés à l’eau et à l’assainissement.
Investir dans l’eau, c’est investir dans la stabilité.
Leadership politique : la clé de voûte
Plus qu’un programme technique, l’Africa Water Vision 2063 est un test de leadership continental. Assurer l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, c’est affirmer que le développement africain ne peut se bâtir sur des inégalités structurelles aussi fondamentales.
La question est désormais politique : les États membres feront-ils de l’eau une priorité budgétaire et diplomatique ? L’Union africaine saura-t-elle transformer cette vision en mécanisme contraignant et coordonné ?
À l’horizon 2063, l’Afrique veut être prospère, intégrée et pacifique. Mais sans sécurité hydrique, aucune de ces ambitions ne pourra réellement tenir.
L’eau, longtemps perçue comme une ressource naturelle, s’impose désormais comme un levier stratégique. L’Africa Water Vision 2063 pose les bases. Reste à savoir si le continent saura transformer cette vision en puissance.



