Changement climatique : des défis hydriques croissants pour l’Afrique

La sécurisation de l’approvisionnement en eau demeure un défi majeur en Afrique, une situation appelée à s’aggraver sous l’effet du changement climatique. L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des sécheresses fait peser une pression croissante sur les ressources hydriques du continent. Des crises emblématiques ailleurs dans le monde comme les alertes à l’évacuation en Iran en raison du stress hydrique ou le scénario du « Day Zero » frôlé par la ville du Cap en 2018  rappellent l’urgence d’anticiper et d’agir. En Afrique de l’Est et australe, les récentes périodes de sécheresse ont déjà provoqué de lourdes pertes agricoles, soulignant la nécessité de réponses structurelles et durables.

Lors du dernier Congrès mondial de l’eau tenu à Marrakech, des experts ont plaidé pour un renforcement massif des infrastructures hydrauliques en Afrique et dans les pays du Sud afin de faire face aux impacts du dérèglement climatique. L’envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations unies pour l’eau, Retno Marsudi, a alerté sur le fait que d’ici 2030, près de 4,8 milliards de personnes pourraient être exposées à des risques sanitaires et économiques liés à la mauvaise qualité de l’eau, une perspective alarmante pour de nombreuses communautés vulnérables.

Selon fundsforngos, les solutions hydriques dites non conventionnelles ne sont pas nouvelles en Afrique du Nord. Au Maroc, les khettaras anciens systèmes de galeries souterraines permettaient déjà de capter et d’acheminer l’eau vers les zones agricoles et les habitations. Aujourd’hui, ces pratiques ancestrales côtoient des infrastructures modernes, à l’image de la station de traitement des eaux usées de Marrakech, un projet de 1,5 milliard de dollars destiné à recycler l’eau pour l’irrigation, les usages industriels et les espaces verts. En revanche, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne restent limités par des contraintes financières, aggravées par la baisse des financements des bailleurs internationaux, ce qui freine le développement de telles solutions.

Malgré le rôle central de l’eau dans le développement, les investissements publics dans le secteur restent insuffisants dans plusieurs pays africains. Rashid Mbaziira, secrétaire exécutif du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW), souligne que les décideurs manquent souvent de données fiables sur les précipitations et la gestion des ressources, rendant la planification difficile. Le renforcement des systèmes d’information, des capacités institutionnelles et des infrastructures apparaît ainsi comme une priorité, tout comme la sensibilisation des ministères des Finances aux bénéfices économiques, sanitaires et sociaux des investissements dans l’eau.

Le Maroc se distingue par des projets ambitieux de modernisation de ses infrastructures hydriques, notamment à travers le dessalement de l’eau de mer. Le pays a multiplié par dix sa capacité de dessalement, passant de 35 millions de mètres cubes en 2021 à 350 millions aujourd’hui, avec un objectif de 1,7 milliard de mètres cubes à l’horizon 2030, soit près de 60 % de ses besoins en eau potable. Alimentées par des énergies renouvelables, ces installations permettent de réduire à la fois les coûts et l’empreinte carbone. Des solutions complémentaires, telles que le dessalement mobile et les « autoroutes de l’eau » reliant les zones excédentaires aux régions déficitaires, sont également déployées.

Toujours selon fundsforngos, l’Afrique subsaharienne pourrait s’inspirer des expériences du Maroc et de l’Égypte, qui ont réussi à mettre en œuvre de grands projets hydrauliques grâce à des partenariats public-privé efficaces. Si ces mégaprojets, notamment les barrages, comportent des limites  comme les pertes d’eau par évaporation ils doivent s’inscrire dans une approche globale intégrant également la maîtrise de la demande, en particulier dans l’agriculture et l’industrie, principaux secteurs consommateurs.

Face à un avenir marqué par une raréfaction accrue de l’eau, l’Afrique devra conjuguer innovation, investissements durables et solutions locales. La capacité du continent à sécuriser l’accès à l’eau pour une population en forte croissance dépendra de choix stratégiques faits aujourd’hui, à l’intersection du climat, du développement et de la gouvernance des ressources naturelles.

Source : Avec fundsforngos

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