Les 15 et 16 juillet 2026, N’Djamena accueillera le Forum africain de l’eau, organisé conjointement par le gouvernement tchadien et le Groupe de la Banque mondiale. Ce rendez-vous continental constitue la première étape africaine de Water Forward, l’initiative mondiale lancée en avril dernier pour améliorer l’accès à l’eau d’un milliard de personnes d’ici 2030.
Au-delà des questions d’accès à l’eau potable et de prévention des inondations, le Forum mettra en lumière une autre priorité stratégique du Tchad : faire de l’eau un levier de transformation agricole, de sécurité alimentaire et de résilience face aux changements climatiques.
L’irrigation au cœur de la stratégie nationale
Le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 » place la maîtrise de l’eau parmi les piliers de la modernisation agricole. L’ambition est claire : porter les superficies irriguées de 46 000 hectares à 100 000 hectares d’ici 2030, afin de réduire la dépendance aux aléas climatiques et renforcer la production nationale.
Cette orientation traduit une volonté de mieux valoriser les ressources hydriques du pays pour soutenir la croissance agricole, créer des emplois ruraux et améliorer durablement la sécurité alimentaire.
Des pôles agricoles structurés autour de la ressource en eau
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement mise sur plusieurs agropoles considérés comme stratégiques, notamment autour du lac Tchad, dans la Tandjilé, l’Ennedi-Est et le Salamat. Chacun de ces territoires bénéficie d’investissements adaptés à ses potentialités agricoles.
Autour du lac Tchad, les autorités développent notamment des polders, des espaces protégés par des digues permettant de contrôler les niveaux d’eau. Ces infrastructures sécurisent les cultures pendant la saison des pluies et garantissent l’irrigation durant la saison sèche, offrant ainsi une meilleure stabilité des productions.
Plusieurs réalisations illustrent déjà cette approche. Le polder de Daguila-Ango a permis d’aménager près de 800 hectares, profitant à 22 villages et à environ 1 600 ménages. À WalWal, les rendements agricoles ont été multipliés par trois dans le cadre d’un vaste programme ayant permis l’aménagement de 8 000 hectares en sept ans, avec l’appui du Programme alimentaire mondial (PAM), du ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et du Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO) du Royaume-Uni.
Eau, assainissement et résilience climatique : une approche intégrée
L’agriculture s’inscrit dans une stratégie plus globale de gestion de l’eau. Le Plan national de développement prévoit 18 projets structurants dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement, représentant des besoins de financement estimés à 2,9 milliards de dollars.
Les objectifs sont ambitieux : garantir un accès universel à l’eau potable, atteindre 60 % de couverture en assainissement d’ici 2030, rendre les 22 provinces autosuffisantes en eau et augmenter la capacité de production d’eau potable de N’Djamena jusqu’à 150 000 m³ par jour.
À cette stratégie s’ajoute un important volet consacré à la résilience climatique, mobilisant 4,5 milliards de dollars supplémentaires. Parmi les actions prioritaires figure une étude sur la vulnérabilité du bassin du lac Tchad, conduite avec la Banque africaine de développement (BAD), afin d’anticiper les effets des changements climatiques sur les ressources en eau.
Le Forum africain de l’eau, une plateforme pour mobiliser les partenaires
Le Forum de N’Djamena intervient dans un contexte où le Tchad cherche à accélérer la mise en œuvre de son Plan national de développement grâce à une coopération renforcée avec les partenaires techniques et financiers.
Depuis la présentation du programme Tchad Connexion 2030 à Abou Dhabi en novembre 2025, plus de 20 milliards de dollars d’engagements ont été annoncés. La Banque mondiale, l’Union européenne, l’Agence française de développement (AFD), le Programme alimentaire mondial ainsi que plusieurs partenaires bilatéraux accompagnent désormais cette dynamique.
Le gouvernement entend poursuivre cette mobilisation internationale, notamment à travers un Forum économique Tchad-France prévu à Paris dans les prochains mois.
Faire de l’eau un levier de développement durable
Si les progrès sont réels, les superficies irriguées restent encore modestes au regard du potentiel agricole du pays. L’objectif de 100 000 hectares irrigués d’ici 2030 nécessitera des investissements soutenus, une gouvernance efficace de la ressource en eau et une coopération durable entre les acteurs nationaux et internationaux.
Le Forum africain de l’eau offrira ainsi au Tchad une occasion stratégique de présenter sa vision, de partager ses expériences et de renforcer les partenariats indispensables pour faire de l’eau un véritable moteur de développement, de sécurité alimentaire et de résilience climatique sur le continent africain.



