Afrique du Sud : l’essor des data centers met la ressource en eau au cœur du débat

Alors que l’Afrique du Sud accélère le développement de ses infrastructures numériques et de ses capacités en intelligence artificielle, la consommation d’eau des data centers suscite de nouvelles interrogations. Plus de 250 contributions ont été reçues dans le cadre d’une consultation menée par la Commission sud-africaine des droits humains sur les impacts de ces infrastructures sur l’eau, l’électricité, l’environnement et les communautés.

L’essor de l’intelligence artificielle et des services numériques transforme rapidement les besoins en infrastructures informatiques en Afrique. En Afrique du Sud, principal hub de data centers du continent, cette expansion soulève désormais une question stratégique : comment concilier la croissance de l’économie numérique avec la préservation des ressources en eau ?

La Commission sud-africaine des droits humains examine actuellement les conséquences de l’expansion des data centers, notamment sur l’accès à l’eau, l’approvisionnement en électricité, l’environnement, les communautés locales et la transparence des décisions publiques.

Plus de 250 contributions ont été recueillies dans le cadre de cette consultation. Elles doivent alimenter l’évaluation de la Commission et pourraient déboucher sur des recommandations à l’attention du gouvernement et du Parlement.

Des infrastructures numériques qui ont besoin d’eau

Derrière les services de cloud, l’intelligence artificielle et le stockage des données se trouvent des infrastructures particulièrement énergivores et nécessitant des systèmes de refroidissement performants.

Les data centers doivent maintenir leurs équipements à des températures maîtrisées afin d’assurer leur fonctionnement continu. Selon les technologies utilisées, l’eau peut jouer un rôle important dans les systèmes de refroidissement.

Cette consommation devient particulièrement sensible dans un pays confronté à des contraintes hydriques et à des épisodes de stress hydrique dans plusieurs régions.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’électricité les data centers consomment, mais également quelle quantité d’eau ils mobilisent, où cette eau est prélevée et quels usages pourraient être affectés par cette consommation.

Une compétition croissante autour des ressources

L’Afrique du Sud concentre environ 70 % de la capacité des data centers du continent, selon le président Cyril Ramaphosa. Johannesburg et Le Cap sont notamment devenues des pôles majeurs pour les investissements liés au cloud, au stockage des données et à l’intelligence artificielle.

Cette concentration pourrait cependant accentuer la pression sur les infrastructures et les ressources naturelles.

Pour les organisations environnementales et de défense des droits, l’expansion du secteur doit donc être accompagnée d’une meilleure évaluation de ses impacts cumulés sur l’eau, les territoires et les populations.

L’enjeu est particulièrement important dans les zones où les besoins des populations, de l’agriculture et des activités économiques exercent déjà une forte pression sur les ressources hydriques.

Vers des data centers plus sobres en eau ?

Les opérateurs du secteur mettent en avant les progrès réalisés en matière d’efficacité énergétique et de refroidissement. Certains projets intègrent davantage d’énergies renouvelables et recourent à des technologies permettant de réduire leur consommation d’eau.

Mais pour HydroDiplomacy, la question dépasse celle de l’efficacité technologique.

La véritable question est celle de la gouvernance de l’eau dans un contexte de transformation numérique accélérée.

À mesure que les investissements dans l’IA et les infrastructures numériques augmentent en Afrique, les États devront disposer de données permettant de mesurer précisément leur empreinte hydrique et d’anticiper leurs impacts sur les territoires.

Cela implique notamment de renforcer les études d’impact, la transparence sur les volumes d’eau mobilisés, la planification territoriale et le dialogue avec les communautés.

L’eau, une dimension encore sous-estimée de la révolution de l’IA

La croissance de l’intelligence artificielle est souvent analysée sous l’angle des données, de l’électricité, des infrastructures et des investissements. L’eau reste pourtant une dimension essentielle de cette transformation.

Pour les pays africains qui souhaitent attirer les investissements dans les infrastructures numériques, le défi sera de trouver un équilibre entre attractivité technologique, sécurité hydrique et développement durable.

En Afrique du Sud, les conclusions de la Commission sud-africaine des droits humains pourraient ainsi contribuer à ouvrir un débat plus large sur les conditions dans lesquelles les infrastructures numériques doivent se développer dans un contexte de pression croissante sur les ressources naturelles.

À l’échelle du continent, une question se pose désormais avec de plus en plus d’urgence : peut-on construire l’infrastructure numérique de l’Afrique sans compromettre sa sécurité hydrique ?

Source : https://beninwebtv.com/afrique-du-sud-data-centers-plus-de-250-contributions-sur-leau-et-lelectricite/

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