Face à une crise de l’eau qui menace le développement, la sécurité alimentaire et la stabilité du continent, le Président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a lancé, mercredi 15 juillet, un appel à une mobilisation collective des États africains et de leurs partenaires pour faire de l’eau un moteur de coopération et de prospérité. En ouvrant les travaux du Forum africain de l’eau 2026, placé sous le thème « De la Vision à l’Action », le Chef de l’État a plaidé pour un changement d’échelle dans la gouvernance des ressources hydriques africaines.
Coorganisé par le Gouvernement tchadien et la Banque mondiale, le Forum réunit à N’Djamena plusieurs chefs d’État, ministres, institutions financières, organisations de bassin et partenaires techniques autour d’un objectif commun : accélérer les investissements et renforcer la coopération pour répondre aux défis croissants liés à l’eau.
Une crise hydrique qui menace le développement du continent
Dès les premières minutes de son allocution, le Président tchadien a dressé un constat préoccupant.
Selon lui, plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable, tandis que les capacités de stockage restent insuffisantes, que l’irrigation demeure limitée et que les effets du changement climatique pourraient réduire le produit intérieur brut de certaines régions africaines de près de 12 % d’ici 2050.
« Ces données ne sont pas de simples abstractions pour l’Afrique. Elles incarnent notre réalité la plus âpre », a déclaré Mahamat Idriss Déby Itno, rappelant que les conséquences du manque d’eau se vivent quotidiennement dans les villes, les villages, les exploitations agricoles et les zones pastorales.
Le Président a notamment cité le lac Tchad, dont la réduction spectaculaire de la superficie au cours des dernières décennies symbolise, selon lui, l’urgence d’agir.
L’eau, un facteur de paix autant que de développement
Au-delà de son importance économique, le Chef de l’État a insisté sur la dimension sécuritaire de la ressource.« Lorsque l’eau se retire ou manque, la pauvreté avance à grands pas, les conflits se multiplient et la quiétude est perturbée. Lorsque l’eau abonde, les récoltes augmentent, la cohésion s’installe et le développement s’amorce. En bref, l’eau, c’est la vie. »
À travers cette déclaration, le Président rappelle que la sécurité hydrique est aujourd’hui indissociable de la sécurité humaine, de la stabilité des territoires et du développement durable.
La coopération régionale érigée en priorité
L’un des temps forts du discours a été consacré à la gestion des ressources en eau partagées.
« La coopération régionale n’est pas une option. La gestion concertée de nos fleuves et de nos lacs constitue une voie porteuse d’avenir », a affirmé Mahamat Idriss Déby Itno.
Le Président a salué le travail des principales organisations africaines de bassin, notamment la Commission du Bassin du Lac Tchad, l’Autorité du Bassin du Niger, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et l’Autorité du Bassin de la Volta, qu’il considère comme des exemples de coopération à consolider.
Il a également plaidé pour un renforcement des institutions de bassin, une meilleure gouvernance des ressources hydriques et le développement de plateformes de partage des données hydrologiques afin d’anticiper les sécheresses et les inondations.
Pour les observateurs, cette vision s’inscrit pleinement dans les principes de l’hydrodiplomatie, qui privilégie le dialogue, la coopération et la gouvernance partagée comme réponses aux défis liés aux eaux transfrontalières.
Des engagements concrets pour passer à l’action
Au-delà du diagnostic, le Président tchadien a présenté plusieurs engagements nationaux.
L’eau figure désormais parmi les priorités du Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 ». À cette occasion, le Tchad s’apprête à signer un Pacte pour l’eau mobilisant 3,8 milliards de dollars sur cinq ans afin de financer des infrastructures hydrauliques, des retenues d’eau, des périmètres irrigués, des aménagements pastoraux et des ouvrages destinés à renforcer la résilience des populations.
Le Chef de l’État a également appelé les banques de développement, les partenaires internationaux et le secteur privé à accélérer la mobilisation des financements promis dans le cadre de l’initiative Water Forward.
Femmes et jeunes au cœur des politiques de l’eau
Autre priorité mise en avant : l’inclusion.
Le Président a rappelé que les femmes demeurent les premières touchées par les difficultés d’accès à l’eau, tandis que les jeunes attendent des politiques hydriques capables de soutenir une agriculture moderne et créatrice d’emplois.
Garantir un accès équitable à l’eau et aux terres irriguées représente, selon lui, un investissement direct dans la stabilité économique et sociale du continent.
Un geste fort pour l’intégration africaine
En clôture de son intervention, Mahamat Idriss Déby Itno a créé la surprise en annonçant qu’à partir du 1er janvier 2027, le Tchad supprimera les visas d’entrée pour tous les citoyens africains.
Une mesure présentée comme une contribution à l’intégration continentale et à la libre circulation des personnes, dans l’esprit de solidarité africaine qui a marqué l’ensemble de son discours.
À retenir
Au-delà des annonces nationales, le discours du Président tchadien a porté un message politique clair : la sécurité hydrique de l’Afrique dépendra de sa capacité à renforcer la coopération entre les États, à consolider la gouvernance des bassins transfrontaliers et à transformer les engagements en investissements concrets.
À N’Djamena, l’eau s’est ainsi imposée comme bien plus qu’une ressource naturelle : un instrument de coopération régionale, de paix et d’intégration africaine.



