Anna Bjerde , Directrice générale de la Banque mondiale pour les opérations appelle à faire de l’eau le moteur de la transformation économique de l’Afrique

L’eau doit être considérée comme un investissement stratégique capable de soutenir la croissance économique, de créer des emplois et de renforcer la résilience du continent africain. C’est le message central porté par Anna Bjerde, Directrice générale de la Banque mondiale pour les opérations, lors de son discours d’ouverture du Forum africain de l’eau 2026, organisé à N’Djamena sous le thème « De la vision à l’action : une Afrique résiliente grâce à une gestion durable de l’eau ».

Saluant le leadership du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno ainsi que l’engagement de l’Union africaine, qui a fait de l’eau et de l’assainissement une priorité de son agenda 2026, la responsable de la Banque mondiale a rappelé que les défis liés à l’eau dépassent largement les questions d’accès aux services de base. Pour elle, la sécurité hydrique constitue désormais un pilier essentiel du développement économique et social de l’Afrique.

Revenant sur une visite effectuée à Adré, à la frontière entre le Tchad et le Soudan, où elle avait rencontré des réfugiés et des communautés hôtes confrontés au manque d’eau, Anna Bjerde a souligné les conséquences humaines de l’insécurité hydrique. « L’eau, c’est la vie », a-t-elle rappelé, avant d’ajouter qu’elle représente également « une puissance économique pour l’Afrique ».

La Directrice générale de la Banque mondiale a insisté sur le potentiel démographique exceptionnel du continent. Selon elle, l’Afrique est la seule région du monde dont la population continue de croître rapidement. D’ici 2050, un habitant de la planète sur quatre sera africain et près d’un tiers des jeunes du monde vivront sur le continent. Pourtant, cette dynamique démographique s’accompagne d’un défi majeur : au cours des dix prochaines années, environ 320 millions de jeunes Africains arriveront sur le marché du travail, alors que seulement 30 millions d’emplois devraient être créés si les tendances actuelles se maintiennent.

Pour Anna Bjerde, relever ce défi passe d’abord par des investissements dans le capital humain, dont l’accès à une eau potable et à des services d’assainissement constitue une condition indispensable. Sans eau salubre, les enfants sont davantage exposés aux maladies et à la malnutrition, compromettant leur santé, leur scolarisation et leur capacité à contribuer au développement de leur pays. À l’inverse, des services d’eau fiables permettent d’améliorer les conditions de vie, les résultats scolaires et les perspectives économiques des générations futures.

Au-delà de sa dimension sociale, l’eau représente également un formidable levier de développement économique. Anna Bjerde a rappelé que l’Afrique possède certains des plus grands bassins d’eau douce au monde, notamment ceux du Nil, du Congo, du Niger, du Sénégal, de la Volta et du Zambèze. Pourtant, près d’un habitant sur trois en Afrique subsaharienne n’a toujours pas accès à des services de base d’approvisionnement en eau. Dans les zones rurales, cette proportion atteint près d’une personne sur deux. Les maladies liées à l’eau insalubre, à l’assainissement et à l’hygiène causent jusqu’à 600 000 décès chaque année dans la région, tandis que les sécheresses privent près d’un million de personnes de leur emploi.

Selon la responsable de la Banque mondiale, le véritable problème n’est pas le manque d’eau, mais l’absence d’infrastructures, d’institutions solides et de financements capables de transformer cette ressource en opportunités économiques. « Lorsque l’eau ne fonctionne pas, les économies ne fonctionnent pas », a-t-elle affirmé. Sans services hydriques fiables, les agriculteurs peinent à accroître leur productivité, les entreprises limitent leurs investissements et les villes rencontrent des difficultés pour attirer les capitaux nécessaires à leur développement.

L’agriculture illustre particulièrement cet enjeu. Employant plus de 60 % de la population active du continent, elle reste dépendante à près de 95 % des précipitations. Pour Anna Bjerde, le développement d’une irrigation intelligente et adaptée au changement climatique permettrait d’améliorer la sécurité alimentaire, de renforcer les revenus des exploitants agricoles et de créer de nouvelles opportunités d’emploi dans les zones rurales.

La question de la résilience a constitué le troisième axe majeur de son intervention. Face aux sécheresses, aux inondations et aux effets du changement climatique, la sécurité hydrique apparaît comme un facteur déterminant de stabilité. Selon la Banque mondiale, l’insécurité liée à l’eau contribue à l’insécurité alimentaire, favorise les déplacements de populations et accentue les situations de fragilité. Renforcer la gouvernance de l’eau constitue ainsi un investissement dans la résilience des communautés et dans la prévention des crises.

Profitant de cette tribune, Anna Bjerde a présenté Water Forward, la nouvelle initiative mondiale de la Banque mondiale lancée en avril 2026. Présentée comme le programme le plus ambitieux jamais porté par l’institution dans le secteur de l’eau, cette initiative vise à garantir la sécurité hydrique de plus d’un milliard de personnes d’ici 2030. Elle repose sur trois priorités : assurer l’accès à l’eau pour les populations, soutenir la production alimentaire grâce à une meilleure gestion des ressources hydriques et préserver les écosystèmes.

Au cœur de cette stratégie figurent les National Water Compacts, des plateformes nationales pilotées par les gouvernements afin d’aligner les réformes, les investissements et les partenaires autour d’une vision commune de la sécurité hydrique. Lors du Forum, le Tchad, la Guinée et la Gambie ont présenté leurs Pactes nationaux pour l’eau, rejoignant un groupe de vingt-deux pays engagés dans cette démarche, dont quinze en Afrique subsaharienne.

En conclusion de son intervention, Anna Bjerde a réaffirmé que l’avenir du continent repose sur trois piliers indissociables : les populations, les opportunités économiques et la résilience. Elle a résumé sa vision par une déclaration qui a marqué les participants : « Les aspirations de l’Afrique en matière d’emplois, de sécurité alimentaire, de résilience et de prospérité partagée dépendent avant tout de solides fondations. Et peu de fondations sont aussi essentielles que l’eau. Chaque goutte d’eau utilisée de manière productive est un emploi soutenu, une récolte sécurisée et une entreprise rendue possible. »

À travers cette intervention, la Banque mondiale confirme sa volonté de faire de la sécurité hydrique un axe central des politiques de développement en Afrique, en considérant l’eau non seulement comme une ressource vitale, mais aussi comme un moteur de croissance, de stabilité et de prospérité pour le continent.

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