« L’Afrique ne manque pas de stratégies. Ce qui nous manque, c’est la vitesse d’exécution » : Cheikh Tidiane Dièye appelle à un sursaut continental pour l’eau

Le président du Conseil des ministres africains chargés de l’Eau (AMCOW), Dr Cheikh Tidiane Dièye, a appelé mardi 18 août 2026 à Kigali, les États africains à transformer leurs ambitions en matière d’eau et d’assainissement en actions concrètes. De Dakar à Addis-Abeba, puis Kigali et bientôt Abu Dhabi, le continent entend renforcer une approche fondée sur la coopération, l’investissement et une position africaine commune sur les enjeux liés à l’eau.

À l’ouverture du Symposium africain sur le leadership en matière de systèmes d’eau et d’assainissement, le ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement a insisté sur la nécessité de passer des déclarations à l’action.

Son intervention intervient alors que l’Union africaine a consacré l’année 2026 à la thématique : « Garantir un approvisionnement durable en eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ». Pour le président de l’AMCOW, cette orientation traduit un changement de paradigme. L’eau ne doit plus être considérée comme un simple secteur technique.

Elle constitue à la fois un enjeu de santé publique, de sécurité alimentaire, d’énergie, de résilience climatique, de paix et de stabilité. Elle représente également, selon le ministre, « un enjeu de souveraineté ».

Vers une véritable sécurité hydrique continentale

Cheikh Tidiane Dièye a appelé l’Afrique à ne plus se limiter au diagnostic de ses crises de l’eau, mais à construire une véritable sécurité hydrique continentale.

Cette ambition s’appuie notamment sur la Nouvelle Vision et Politique Africaine de l’Eau 2063, adoptée à Dakar en septembre 2025, puis approuvée par l’Union africaine à Addis-Abeba en février 2026.

Cette vision doit servir de cadre commun pour garantir l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène, renforcer la résilience des sociétés face au changement climatique, améliorer la gouvernance et la redevabilité, mobiliser davantage d’investissements, développer les connaissances et les données et renforcer la coopération autour des bassins et des ressources en eau partagées.

« Dakar a donné naissance à la nouvelle Vision et Politique Africaine de l’Eau 2026. Addis-Abeba lui a donné sa légitimité politique continentale. Et Kigali doit aujourd’hui contribuer à lui donner sa force d’action », a déclaré le président de l’AMCOW.

La vitesse d’exécution au cœur du défi

Pour Cheikh Tidiane Dièye, l’enjeu est désormais de passer de la vision à l’exécution.« L’Afrique ne manque ni de stratégies, ni de résolutions, ni de déclarations. Souvent de brillantes déclarations d’ailleurs. Ce qui nous manque encore, c’est la vitesse d’exécution », a-t-il souligné.

Il a appelé à faire de la Vision africaine de l’eau 2063 un agenda d’investissement, un agenda d’action et un agenda de résultats.

Le président de l’AMCOW a également insisté sur la nécessité d’attirer davantage de capitaux publics et privés, de mettre en place des mécanismes innovants de financement et de renforcer les institutions africaines de financement du développement.

Il a par ailleurs appelé à faire évoluer la perception du financement du secteur. « Financer l’eau n’est pas une dépense : c’est un investissement dans le développement, la santé, la productivité et la stabilité de l’Afrique », a-t-il affirmé.

La coopération transfrontalière comme nécessité stratégique

La question de la coopération entre les États a également occupé une place importante dans le discours.

Le président de l’AMCOW a rappelé que l’eau ignore les frontières. Les fleuves, les nappes phréatiques, les écosystèmes et les effets du changement climatique dépassent les limites territoriales des États.

Dans ce contexte, la coopération transfrontalière ne constitue plus un choix diplomatique ou politique facultatif, mais une nécessité stratégique.

Cheikh Tidiane Dièye a appelé à faire des bassins transfrontaliers « non pas des espaces de compétition, mais des espaces de coopération, d’intégration et de prospérité partagée ».

« L’eau doit rapprocher les peuples africains. Elle ne doit jamais les diviser », a-t-il ajouté.

Cette approche place ainsi la coopération autour des ressources en eau au cœur des enjeux de développement, d’intégration et de stabilité du continent.

L’Afrique appelée à parler d’une seule voix à Abu Dhabi

Le président de l’AMCOW a également évoqué la prochaine étape de cette mobilisation : la Conférence des Nations unies sur l’eau, prévue du 8 au 10 décembre 2026 à Abu Dhabi, aux Émirats arabes unis, et co-organisée par le Sénégal et les Émirats arabes unis.

Pour le ministre sénégalais, cette conférence doit constituer un moment important pour l’Afrique. Il a appelé le continent à y arriver avec une position commune et des priorités clairement définies.

« À Abu Dhabi, l’Afrique doit parler d’une seule voix », a-t-il lancé.

Le continent devra notamment défendre des engagements et des propositions concrètes sur le financement, l’accès universel à l’eau et à l’assainissement, le climat, la coopération transfrontalière, les infrastructures, la gouvernance et l’innovation.

L’objectif est que l’Afrique ne se présente pas comme une addition de pays, mais comme un continent portant une vision commune de son avenir hydrique.

Faire de 2026 un tournant

En clôturant son intervention, Cheikh Tidiane Dièye a rappelé la séquence qui doit conduire l’Afrique de Dakar à Abu Dhabi : Dakar a posé les fondations, Addis-Abeba a consacré l’ambition, Kigali appelle à l’action et Abu Dhabi doit permettre de porter cette ambition au monde.

L’objectif affiché est de construire une Afrique où chaque enfant peut accéder à une eau sûre, où chaque famille peut vivre dans un environnement assaini, où chaque agriculteur peut compter sur une ressource en eau durable et où les villes sont préparées aux crises climatiques.

Le président de l’AMCOW souhaite également une Afrique où l’eau rapproche les nations au lieu de les opposer et où le continent dispose des moyens nécessaires pour décider de son avenir hydrique.

À Kigali, le message porté par le Sénégal est donc celui d’une accélération de l’action africaine dans le domaine de l’eau. Après l’adoption des stratégies et leur validation politique, l’enjeu est désormais leur mise en œuvre effective.

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