À New Delhi, l’Union africaine a placé l’accès durable à l’eau et à l’assainissement parmi les priorités de sa coopération avec les pays émergents. Une prise de position qui confirme la montée en puissance de l’eau dans les agendas diplomatiques africains.
Le XVIIIe Sommet des BRICS, tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, a donné une nouvelle visibilité aux enjeux liés à l’eau dans les relations entre l’Afrique et les puissances émergentes. Représentant l’Union africaine en sa qualité de président en exercice de l’organisation, le président burundais Évariste Ndayishimiye a rappelé que l’accès durable à l’eau et à l’assainissement figure au cœur des priorités africaines en 2026.
Cette prise de parole intervient dans un contexte particulier : en février 2026, l’Union africaine avait déjà placé l’eau et l’assainissement au centre de son sommet annuel, sous le thème consacré à la disponibilité durable de l’eau et à l’accès à des systèmes d’assainissement sûrs.
L’eau devient un sujet diplomatique
Pendant longtemps, les discussions sur l’eau ont principalement été abordées sous l’angle du développement, des infrastructures ou de l’accès aux services essentiels. Elles prennent désormais une dimension plus stratégique.
Pour l’Afrique, l’eau est directement liée à plusieurs secteurs : sécurité alimentaire, agriculture, énergie, santé, urbanisation, environnement et stabilité sociale. C’est précisément cette transversalité qui fait de l’eau un enjeu de diplomatie.
Au sommet des BRICS, le président en exercice de l’Union africaine a ainsi associé l’eau aux infrastructures de transport et à l’énergie comme des leviers essentiels de transformation économique du continent.
L’enjeu n’est donc plus uniquement de construire des infrastructures hydrauliques. Il s’agit également de créer des partenariats durables autour de la gouvernance, du financement, de l’innovation et du transfert de technologies dans le secteur de l’eau.
Les BRICS, une nouvelle plateforme pour la diplomatie de l’eau africaine ?
La déclaration de New Delhi adoptée par les dirigeants des BRICS fait elle-même référence aux défis liés à la disponibilité de l’eau, à la sécheresse, à la désertification et à la dégradation des terres. Elle appelle à une gestion intégrée des ressources en eau et des écosystèmes.
Le texte reconnaît également le rôle de la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026, qui doit se tenir à Abu Dhabi en décembre et qui est coparrainée par les Émirats arabes unis et le Sénégal. La déclaration relie directement ces discussions à l’accélération de la mise en œuvre de l’ODD 6 consacré à l’eau propre et à l’assainissement.
Cette convergence entre les priorités de l’Union africaine et celles affichées par les BRICS ouvre un espace potentiel pour une coopération renforcée.
Du financement des infrastructures à la gouvernance de l’eau
L’un des principaux enjeux pour l’Afrique reste toutefois celui du financement.Les besoins du continent ne concernent pas seulement les grands barrages. Ils portent également sur les réseaux d’adduction d’eau, l’assainissement, l’irrigation, le traitement et la réutilisation des eaux usées, la réduction des pertes dans les réseaux et les infrastructures permettant de mieux faire face aux sécheresses et aux effets du changement climatique.
La déclaration de New Delhi met justement l’accent sur la coopération en matière d’infrastructures, de développement durable, d’innovation et de résilience. Elle réaffirme également l’importance d’une coopération urbaine portant notamment sur l’eau, l’assainissement et les autres services essentiels.
Pour l’Afrique, la question est donc de savoir comment transformer cette ouverture diplomatique en investissements concrets, accessibles et adaptés aux réalités locales.
Une opportunité pour renforcer la diplomatie Sud-Sud
Le dialogue Afrique-BRICS peut également être analysé sous l’angle de la coopération Sud-Sud.Les pays africains cherchent à diversifier leurs partenariats et à mobiliser davantage de ressources financières, technologiques et institutionnelles pour répondre à leurs besoins de développement. Le président de l’Union africaine a ainsi appelé à renforcer le partenariat avec les pays membres des BRICS autour des priorités du continent.
Dans le domaine de l’eau, cette coopération pourrait notamment concerner :
le financement des infrastructures hydrauliques ;
les technologies de traitement et de réutilisation de l’eau ;
l’irrigation et la sécurité alimentaire ;
la gestion des ressources en eau face au changement climatique ;
la formation et le renforcement des capacités ;
la recherche et l’innovation ;
la gouvernance des services d’eau et d’assainissement ;
le partage d’expériences entre villes et institutions.
L’enjeu : passer du discours à l’action
La présence de l’eau dans les déclarations internationales constitue un signal politique important. Mais pour les populations africaines, la véritable question reste celle de la traduction de ces engagements en résultats concrets.
Combien de projets seront effectivement financés ? Quels pays bénéficieront de ces investissements ? Quelles technologies seront transférées ? Comment garantir la durabilité des infrastructures ? Et quelle place sera accordée aux collectivités, aux communautés locales, aux femmes et aux acteurs du secteur privé ? Ces questions seront déterminantes pour mesurer la portée réelle du nouveau dialogue autour de l’eau.
L’eau, un axe stratégique de la diplomatie africaine
Le XVIIIe Sommet des BRICS montre ainsi que l’eau est progressivement en train de dépasser son statut de simple secteur de développement pour devenir un véritable sujet de coopération internationale et de diplomatie.
Pour l’Afrique, l’enjeu consiste désormais à faire de cette priorité politique un levier de négociation, de financement et de coopération technologique. À travers le dialogue avec les BRICS, l’Union africaine dispose d’un espace supplémentaire pour porter ses priorités en matière d’eau et d’assainissement.
La diplomatie de l’eau africaine ne consiste donc plus seulement à prévenir les tensions autour des ressources. Elle consiste également à construire des alliances, mobiliser des financements, partager les connaissances et négocier les conditions d’un accès durable à l’eau.
C’est dans cette capacité à transformer l’eau en espace de coopération plutôt qu’en simple objet de politique publique que se joue désormais une partie de l’avenir de la diplomatie de l’eau en Afrique.



