Le Forum africain de l’eau s’est officiellement ouvert ce mercredi 15 juillet à N’Djamena dans la capitale tchadienne sous le thème « De la vision à l’action ». Coorganisée par le Gouvernement du Tchad et le Groupe de la Banque mondiale, cette rencontre a réuni chefs d’État, ministres, institutions financières, partenaires techniques, experts et acteurs de la société civile dans le but d’accélérer les investissements en faveur de la sécurité hydrique du continent.
Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, la pression démographique et la multiplication des crises liées à l’eau, les interventions des différents dirigeants ont convergé vers une même conviction : l’eau doit désormais être considérée comme une priorité stratégique pour le développement de l’Afrique.
Le Tchad appelle l’Afrique à reprendre en main son destin hydrique

En ouvrant les travaux, le Président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a invité les pays africains à transformer les défis liés à l’eau en opportunités de développement.
Pour le chef de l’État tchadien, le Forum doit marquer un tournant décisif en faisant émerger une coopération renforcée autour de la gestion durable des ressources hydriques, de l’adaptation au changement climatique et de l’amélioration de l’accès à l’eau potable.
Son intervention a posé le cadre politique des échanges en rappelant que la maîtrise des ressources en eau constitue désormais un enjeu de souveraineté, de stabilité et de développement économique.
Félix Tshisekedi plaide pour une véritable révolution hydrique

L’une des interventions les plus remarquées est venue du Président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a présenté une vision ambitieuse de la gouvernance de l’eau.
Estimant que les politiques publiques ne peuvent plus traiter séparément l’eau, l’agriculture, l’énergie, la santé, l’urbanisme ou encore l’environnement, il a appelé à une approche intégrée fondée sur les territoires et les bassins versants.
Le président congolais a également insisté sur plusieurs priorités à savoir le renforcement de la gouvernance et la de transparence dans le secteur de l’eau ; la mobilisation davantage de financements publics et privés ; le développement une industrie africaine des équipements hydrauliques et faire de l’eau un véritable moteur d’industrialisation.
Au niveau national, il a annoncé des objectifs ambitieux pour la RDC à l’horizon 2035, notamment l’amélioration significative de l’accès à l’eau potable, à l’assainissement ainsi qu’aux infrastructures hydriques dans les écoles et les centres de santé.
Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani mise sur les investissements et les partenariats

Le Président de la Mauritanie, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a centré son intervention sur la nécessité de mobiliser des financements à grande échelle pour répondre aux défis croissants de la sécurité hydrique. Face aux impacts du changement climatique, à la croissance démographique, au déficit d’infrastructures et aux contraintes financières qui touchent particulièrement le Sahel, il a plaidé pour une coopération renforcée entre États, institutions régionales, bailleurs de fonds et secteur privé.
Le chef de l’État mauritanien a rappelé que son pays met actuellement en œuvre une nouvelle stratégie nationale de l’eau axée sur : une meilleure connaissance des ressource s hydriques ; le développement d’infrastructures résilientes ; la modernisation de l’irrigation ; une mobilisation accrue des financements.
Selon lui, investir dans l’eau revient à investir simultanément dans la sécurité alimentaire, la santé, l’emploi et la stabilité des États africains.
La CNDH rappelle que l’accès à l’eau est avant tout un droit humain fondamental
À la veille de l’ouverture du Forum, la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) du Tchad a souhaité replacer le débat dans une perspective de droits humains.
Son président, Belingar Larmé Jacques, a rappelé que l’eau ne constitue pas uniquement une ressource économique mais un droit humain fondamental, indispensable à la dignité, à la santé, à l’alimentation, au logement et au développement.
La CNDH a souligné que les populations rurales, les femmes, les enfants, les personnes vivant avec un handicap ainsi que les personnes déplacées restent les premières victimes du manque d’accès à une eau potable de qualité.
À cette occasion, la Commission a lancé plusieurs appels forts : faire de l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement une priorité politique ; mobiliser davantage de ressources pour financer les infrastructures hydrauliques ; renforcer la gestion intégrée des ressources en eau ; préserver les écosystèmes, notamment dans les régions sahéliennes ; développer les points d’eau pastoraux afin de prévenir les conflits entre agriculteurs et éleveurs ; promouvoir une gouvernance de l’eau fondée sur les droits humains, la transparence et la participation citoyenne.
Transformer les engagements en actions
Au-delà des discours, cette première journée du Forum africain de l’eau met en évidence un consensus croissant : la sécurité hydrique est devenue un enjeu majeur de développement, de paix et de résilience en Afrique.
Les chefs d’État ont insisté sur l’urgence d’accélérer les investissements, de renforcer la coopération régionale et de mieux intégrer la gestion de l’eau dans les politiques publiques. De son côté, la CNDH rappelle que ces ambitions ne pourront produire des résultats durables que si elles garantissent effectivement le droit à l’eau pour tous.
Alors que les travaux se poursuivent à N’Djamena, les attentes sont désormais tournées vers les engagements concrets qui permettront de passer, conformément au thème du Forum, de la vision à l’action.



