L’Afrique du Sud et le Zimbabwe pourraient renforcer leur coopération dans le domaine de l’eau avec la construction d’un nouveau barrage destiné à approvisionner une importante zone industrielle sud-africaine. Baptisé « Thuli Moswa », le projet est estimé à 500 millions de dollars, soit près de 440 millions d’euros.
L’ouvrage serait construit à Thuli, au Zimbabwe, avant que l’eau ne soit transférée vers la zone économique spéciale de Musina-Makhado, dans la province sud-africaine du Limpopo. Selon les informations rapportées par Agence Ecofin, dans un article publié le 28 septembre 2026 et repris par La Tribune Afrique, le barrage pourrait stocker environ 430 millions de mètres cubes d’eau et fournir jusqu’à 90 millions de mètres cubes à la zone industrielle.
Le projet reste pour l’heure au stade exploratoire. Une étude de faisabilité doit encore être menée conjointement par les deux pays avant toute décision définitive.
Un barrage pour accompagner l’industrialisation
Le projet est directement lié aux ambitions industrielles de Musina-Makhado. Cette zone économique spéciale doit accueillir des activités de transformation des métaux et de fabrication industrielle, susceptibles d’entraîner une forte hausse de la demande en eau.
Selon les éléments rapportés par Bloomberg et repris par Agence Ecofin, les deux gouvernements envisagent une phase préparatoire d’environ 18 mois, qui pourrait être suivie de près de trois années de travaux si le projet est approuvé.
L’Afrique du Sud pourrait ensuite acheter l’eau produite par l’infrastructure dans le cadre d’un contrat d’une durée comprise entre cinq et 35 ans.
Mais avant d’en arriver là, Pretoria et Harare doivent encore s’accorder sur les modalités techniques et financières du projet, ainsi que sur les conditions de transfert de l’eau entre les deux pays.
Le Limpopo, un bassin sous pression
Le projet intervient dans un contexte de pression croissante sur les ressources en eau dans le bassin du Limpopo, partagé par l’Afrique du Sud, le Zimbabwe, le Botswana et le Mozambique.
La question de l’approvisionnement de Musina-Makhado fait déjà l’objet de discussions depuis plusieurs années. Une étude de cadrage citée par Daily Maverick avait estimé les besoins de la zone industrielle, dans sa configuration alors envisagée, à environ 123 millions de mètres cubes par an une fois pleinement opérationnelle.
Le volume actuellement envisagé pour Thuli Moswa, soit 90 millions de mètres cubes, ne couvrirait donc pas à lui seul l’ensemble de ces besoins.
Cette perspective alimente également les interrogations sur les conséquences d’une augmentation des prélèvements dans le bassin du Limpopo, notamment pour les autres usages de l’eau et pour les États partageant cette ressource.
Une coopération qui existe déjà
Le projet de barrage s’inscrit dans une coopération hydraulique déjà engagée entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe.
En mars 2024, les deux pays ont signé un accord prévoyant l’approvisionnement de la ville sud-africaine de Musina en eau traitée depuis l’usine de Beitbridge, au Zimbabwe.
L’accord prévoit le transfert de jusqu’à 15 millions de mètres cubes d’eau traitée par an, soit environ 41 millions de litres par jour. Cette coopération repose notamment sur une commission bilatérale de l’eau créée en 2015.
Le projet Thuli Moswa pourrait ainsi constituer une nouvelle étape dans cette coopération, en passant d’un transfert d’eau traitée à un projet d’infrastructure hydraulique de plus grande ampleur.
L’Afrique du Sud déjà engagée dans les transferts d’eau transfrontaliers
L’Afrique du Sud dispose déjà d’une expérience importante en matière de coopération hydraulique avec ses voisins. Avec le Lesotho, le pays développe depuis plusieurs décennies le Lesotho Highlands Water Project, qui permet de transférer de l’eau vers le système du fleuve Vaal, notamment pour répondre aux besoins du Gauteng, cœur économique du pays.
La deuxième phase du projet prévoit notamment le barrage de Polihali et un tunnel de 38 kilomètres. Elle doit permettre d’augmenter les transferts d’eau vers l’Afrique du Sud de près de 490 millions de mètres cubes par an, portant à terme la capacité totale à environ 1,27 milliard de mètres cubes annuels.
Le projet Thuli Moswa s’inscrit donc dans une dynamique plus large de coopération autour des infrastructures hydrauliques transfrontalières en Afrique australe.
Entre développement industriel et sécurité hydrique
Pour Pretoria comme pour Harare, l’enjeu dépasse désormais la seule construction d’un barrage. Le projet pose la question de la manière dont les ressources en eau peuvent accompagner le développement économique tout en préservant les équilibres d’un bassin partagé.
La multiplication des projets industriels dans des régions soumises au stress hydrique pourrait en effet renforcer les besoins en infrastructures, mais aussi rendre plus nécessaire la concertation entre les États riverains.
Avec Thuli Moswa, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe explorent ainsi une nouvelle forme de coopération où l’eau devient à la fois une ressource stratégique, un facteur de développement industriel et un levier de coopération transfrontalière.
Le projet n’en est toutefois qu’à ses premières étapes. Sa faisabilité technique, son financement, son impact sur le bassin du Limpopo et les modalités de partage de la ressource devront encore être examinés avant qu’une décision définitive soit prise.
Source : Agence Ecofin, article d’Espoir Olodo, publié le 28 septembre 2026 et repris par La Tribune Afrique.
