De Zinder, au Niger, aux laboratoires de la NASA, Dr. Fadji Zaouna Maina a transformé une expérience d’enfance face à la rareté de l’eau en une vocation scientifique internationale. Aujourd’hui, elle mobilise les données satellitaires et la modélisation pour mieux comprendre les ressources en eau et les effets du changement climatique.
À Zinder, pendant la saison sèche, la jeune Fadji observait de longues files de jeunes filles venues chercher de l’eau. Pour certaines, les heures passées à transporter des seaux étaient autant d’heures éloignées de l’école. Très tôt, elle comprend alors que la pénurie d’eau ne constitue pas uniquement un problème environnemental. Elle touche aussi l’éducation, les opportunités et l’avenir des communautés.
À seulement dix ans, elle sait déjà qu’elle veut contribuer à résoudre ce problème. Quelques années plus tard, à 16 ans, elle quitte Zinder pour poursuivre ses études. Son parcours académique la conduit au Maroc, puis en France, où elle obtient une licence en génie géologique à l’Université de Fès, avant de décrocher un master en génie de l’environnement et un doctorat en hydrologie à l’Université de Strasbourg.
Cette formation marque le début d’une carrière scientifique qui la conduira progressivement vers les États-Unis. Après plusieurs expériences de recherche, notamment au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives et au Lawrence Berkeley National Laboratory, elle rejoint en 2020 le NASA Goddard Space Flight Center.
Elle devient alors la première scientifique nigérienne à intégrer la NASA.
Aujourd’hui, Dr. Fadji Zaouna Maina est Research Scientist au NASA Goddard Space Flight Center et à l’University of Maryland, Baltimore County. Ses recherches portent sur les effets de la variabilité climatique et des activités humaines sur les systèmes hydriques. Pour les étudier, elle combine données satellitaires, télédétection, modèles hydrologiques et calcul haute performance.
Cette approche lui permet notamment d’étudier la disponibilité de l’eau ainsi que les sécheresses et les inondations dans différentes régions du monde, notamment aux États-Unis, en Europe, en Asie de haute montagne, en Amérique du Sud et dans le Sahel.
Une recherche au service d’une meilleure compréhension de l’eau
Parmi ses travaux récents figure sa contribution à un système de modélisation développé en 2025, qui associe le NASA Land Information System (LIS/Noah-MP) au modèle hydrologique ParFlow
L’intérêt de cette approche réside dans sa capacité à mieux représenter les interactions entre les processus qui se produisent à la surface des terres et les eaux souterraines. Elle permet ainsi d’améliorer la compréhension et la simulation du fonctionnement hydrologique des territoires.
Cette avancée prend une résonance particulière dans les régions confrontées à la sécheresse et à une forte variabilité climatique. Dans le Sahel notamment, où les ressources hydriques subissent une pression croissante, mieux comprendre la disponibilité de l’eau et l’évolution des ressources souterraines constitue un enjeu majeur pour l’adaptation au changement climatique et la gestion durable des ressources.
À travers ses recherches, Dr. Maina illustre ainsi la manière dont les technologies spatiales et la science des données peuvent contribuer à répondre à des problématiques très concrètes sur le terrain.
Mais son engagement ne se limite pas à la recherche scientifique. Consciente de l’importance de la relève, la scientifique nigérienne s’investit également dans le développement des compétences de jeunes chercheurs de son pays.
En 2023, elle crée Spark Kimiyya, un programme de mentorat de neuf mois destiné aux doctorants et chercheurs postdoctoraux nigériens. Le programme leur offre un accompagnement personnalisé, un renforcement de leurs compétences et un accès à des réseaux scientifiques internationaux.
En quatre cohortes, 46 jeunes scientifiques ont déjà été accompagnés parmi plus de 400 candidatures. Une initiative qui traduit la volonté de Dr. Maina de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs nigériens capables de porter la science au-delà des frontières du pays.
Cette trajectoire scientifique et cet engagement ont été salués par plusieurs distinctions. En 2020, Dr. Maina figure parmi les Forbes 30 Under 30 in Science et parmi les 100 Africains les plus influents de New African Magazine. Elle reçoit également à trois reprises le NASA GSFC Peer Award for Scientific Achievement, en 2021, 2023 et 2025. En 2025, elle est sélectionnée comme Atlantic Council Millennium Fellow.
Ses recherches ont par ailleurs été publiées dans plusieurs revues scientifiques internationales, notamment Nature Communications.
Derrière ces distinctions se trouve pourtant une histoire qui commence loin des laboratoires et des satellites. Celle d’une jeune fille de Zinder confrontée très tôt aux conséquences de la rareté de l’eau et qui a choisi de faire de cette réalité une source de motivation.
De Zinder aux laboratoires de la NASA, Dr. Fadji Zaouna Maina incarne ainsi un parcours où la science devient un moyen de mieux comprendre les transformations de notre environnement et de contribuer à préparer l’avenir de l’eau.
Pour l’Afrique, son parcours rappelle également l’importance d’investir dans la recherche, les données, l’innovation et surtout dans les talents scientifiques capables de répondre aux défis du continent.
Une reconnaissance parmi 31 femmes africaines
Dr. Fadji Zaouna Maina faisait également partie des 31 femmes mises en lumière lors de la Journée internationale des femmes organisée par Africa’s Awareness.
Cette reconnaissance vient saluer un parcours scientifique exceptionnel et une contribution à la connaissance des ressources en eau et aux enjeux auxquels sont confrontées les régions vulnérables au changement climatique.
De la ligne d’eau de Zinder aux satellites de la NASA, son histoire témoigne d’une même conviction : mieux comprendre l’eau, c’est aussi mieux préparer l’avenir des communautés qui en dépendent.
Sources : NASA Goddard Space Flight Center ; site officiel de Dr. Fadji Zaouna Maina ; Hydrology and Earth System Sciences ; Nature Communications ; Spark Kimiyya ; UNESCO Al Fozan International Prize.



