La Zambie et la République démocratique du Congo (RDC) franchissent une nouvelle étape dans leur coopération autour des ressources en eau partagées. Les deux pays ont validé l’accord portant création de l’Autorité du fleuve Luapula et du lac Mweru (LRLMA), destinée à instaurer un cadre permanent pour la gestion conjointe de cet espace hydrique transfrontalier d’Afrique australe.
La validation de l’accord est intervenue le 12 septembre 2026 à Lusaka, à l’issue du quatrième cycle de négociations bilatérales entre les deux pays. Engagé en avril 2024, le processus a mobilisé des représentants gouvernementaux ainsi que des experts juridiques et techniques de la Zambie et de la RDC.
Au terme des discussions, les deux délégations ont approuvé le texte final de l’accord, mais également plusieurs documents nécessaires à la mise en place de la future Autorité, notamment la carte de son périmètre de compétence, son manuel, sa politique de ressources humaines et sa feuille de route de mise en œuvre.
Un bassin partagé aux multiples enjeux
Le fleuve Luapula et le lac Mweru constituent un important espace transfrontalier entre la Zambie et la RDC. Le système hydrographique représente environ 740 kilomètres de frontière commune, tandis que 73,3 % du bassin se trouvent en Zambie et 26,7 % en RDC.
La future Autorité doit permettre aux deux pays de renforcer leur coordination autour de plusieurs secteurs liés à l’utilisation et à la valorisation de ces ressources.
Parmi les domaines concernés figurent notamment :la production hydroélectrique et énergétique ;
la pêche durable ; l’irrigation et l’agriculture ; l’approvisionnement en eau potable et industrielle ;
la navigation ; le patrimoine culturel ; le tourisme.
Jusqu’à présent, ces ressources demeurent largement sous-exploitées, notamment en raison de l’absence d’un mécanisme permanent permettant aux deux pays de coordonner leur gestion.
Une négociation fondée sur le dialogue et l’expertise
La création de la LRLMA est l’aboutissement d’un processus de négociation engagé il y a plus de deux ans.
Dans le cadre des discussions, des délégations zambiennes et congolaises ont notamment effectué des déplacements de part et d’autre de la frontière afin d’examiner directement le territoire concerné par la future Autorité. Cette approche de terrain leur a permis de confronter le périmètre envisagé aux réalités du bassin.
Le processus associe ainsi dialogue politique, expertise technique et juridique et connaissance du terrain, trois dimensions essentielles à la mise en place de mécanismes de coopération autour des ressources hydriques transfrontalières.
Vers une signature à Abou Dhabi
La prochaine étape est désormais la signature officielle de l’accord.
La Zambie et la RDC prévoient de signer le texte lors de la Conférence des Nations Unies sur l’eau, prévue à Abou Dhabi du 8 au 10 décembre 2026. La cérémonie devrait s’inscrire dans le cadre de l’initiative « Bassins pour la coopération », coprésidée par la Zambie et la Finlande.
Cette échéance internationale devrait également permettre de donner davantage de visibilité au processus et de rechercher un soutien technique et financier pour la mise en œuvre de la future Autorité.
La Convention des Nations Unies sur l’eau accompagne le processus
La Convention des Nations Unies sur l’eau accompagne la Zambie et la RDC depuis le lancement des négociations, à la demande des deux gouvernements.Son appui a porté sur les aspects juridiques, techniques et financiers des quatre cycles de négociations organisés depuis 2024. Il comprend également le renforcement des capacités en matière de droit international de l’eau et l’utilisation du Guide pratique de la Convention pour l’élaboration d’accords sur la coopération transfrontalière dans le domaine de l’eau. La Convention apporte également son soutien au processus d’adhésion de la RDC, avec la contribution de l’Union européenne et de partenaires internationaux.
Un processus à suivre pour la diplomatie de l’eau en Afrique
Au-delà du cas de la Zambie et de la RDC, la création de la Luapula River and Lake Mweru Authority met en lumière les enjeux croissants liés à la gouvernance des ressources en eau partagées en Afrique.
La coopération autour du Luapula et du lac Mweru concerne en effet bien plus que la seule gestion de l’eau. Elle touche à l’énergie, l’agriculture, la pêche, la navigation, l’environnement, le tourisme et le développement local.
Pour les acteurs de la diplomatie de l’eau, ce processus constitue ainsi une expérience à suivre, notamment pour comprendre comment deux États peuvent construire progressivement un mécanisme institutionnel commun autour d’un bassin transfrontalier.
La signature attendue en décembre à Abou Dhabi marquera une nouvelle étape. L’enjeu sera alors de passer de l’accord à sa mise en œuvre effective, avec la mobilisation des ressources, des compétences et des mécanismes nécessaires au fonctionnement de la future Autorité.



